J'aime la langue arabeJ'aime la langue arabeJ'aime la langue arabe

J'aime la langue arabe

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Marhaban mes ami(e)s مَرْحَباً أَصْدِقَائِي ، صَدِيقَاتِي 

J'espère que vous allez bien.

Voici un témoignage d'une grande amoureuse de la langue arabe. C'est Ismène, une écrivaine et poétesse, à qui j'ai donné des cours d'arabe. Elle nous livre son témoignage sur cette belle langue qu'elle a tant admirée.

" Vous m’avez demandé –proposé ?- de vous écrire pour votre blog quelques lignes car, dites-vous, je suis « amoureuse » de la langue arabe.

Mais comment ne pas l’être ?

Je n’en avais aucune notion lorsque vous avez commencé à me l’apprendre. Aucune. Personne autour de moi ne parlait arabe, n’écrivait arabe. Une partie de mes ancêtres l’avait parlé, qu’ils soient syriens ou grecs d’Egypte, et mon « pays » actuel était au moment de mon apprentissage devenu bien circonspect et frileux à propos de langue ou de civilisation arabe. Et puis, surtout, il y avait ce que j’avais découvert de la poésie arabe contemporaine :نِزَارْ قَبَّانِي Nizar Qabbani (Mon fils s’assoit sur le bord de mon lit/et me demande de lui réciter un poème./Je verse une larme sur l’oreiller. Il la ramasse et me dit:/Mais c’est une larme, Père, et non un poème./Je lui dis:/Quand tu seras grand/Et que tu liras la somme de la poésie arabe,/tu sauras que le mot et la larme sont frère et sœur : Et que le poème arabe/ N’est qu’une larme qui coule entre les doigts), et Mohammad Al Maghout مُحَمَّدْ مَغُوتْ , Abdellatif Laabiعَبْدَ اللَّطِيفْ لَعْبِي, Mahmoud Darwich مَحْمُودْ دَرْوِيشْ, et tant d’autres… Bien que j’aie commencé par les lire en traduction française, il était impossible de ne pas pressentir quelle langue d’origine en tissait la trame, que j’avais envie de découvrir pour en entendre la musique sans intermédiaire.

J’ai plusieurs fois entendu dire : mais l’arabe doit être difficile à écrire et cela doit rebuter celui qui veut l’apprendre. Je pense tout le contraire ! Commencer par en tracer les lettres, c’est commencer à tomber amoureux de cette langue, commencer à en ressentir dans les doigts la souplesse, la douceur et l’extrême élégance. La vitesse, aussi. L’arabe est une langue vive, vivace, un flot bouclé, une voix qui circule de phrase en phrase, rebondissant, liant idées et images, dans une course incessante et rythmée. Et ces caractéristiques ne sont certainement pas étrangères à la poésie…

Dès que la première épreuve de la graphie est dépassée, il faut s’atteler à la lecture (j’ai failli écrire : à la lctr…). Se priver de voyelles. De ces A bien parisiens, carrés sur leurs deux pattes, amorcer la délicatesse du Alif, ni A ni E, subtil. Et surtout cesser de prononcer à la française, c'est-à-dire en n’utilisant que le bout de son bec. La langue arabe est une voix qui prend toutes les possibilités de la bouche et de la gorge, du délicat au rauque, du souffle coupé du ع Ain à la gorge grondante du خ Kha, dans une cascade musicale et flexible. Et la magie vient vite, qui fait que les voyelles naissent aux lèvres sans qu’il soit besoin qu’elles aient été écrites, parce que la mélodie les appelle, tout simplement. La langue arabe, en fait, se laisse apprendre de bonne grâce, si l’on veut en faire l’effort, parce qu’elle est langue de contacts et d’échanges, et non un système fermé sur lui-même.

Et puis le lexique arabe est riche de pépites sonores, de mots que l’on a envie de prononcer juste parce qu’ils sont beaux, juste parce que leur musique renvoie à leur image (vous connaissez ma passion pour ثَلْجْ Thalj, la neige douce, je pense بُسْتَانْ Boustaan chaque fois que j’entre dans mon jardin, et vous me pardonnerez de ne pas avoir de clavier arabe pour citer là tous les mots que je collectionne, patiemment, dans mon dictionnaire amoureux…).

Oui, je suis amoureuse de cette langue-là. Et comme tous les gens amoureux, je ne sais pas, au fond, pourquoi. Je ne sais que le bonheur de l’avoir découverte, qui ne cesse pas depuis le début de mon apprentissage : C’est ce même bonheur que je souhaite à tous ceux qui, avec vous, voudront faire ce chemin… Prenez deux cahiers à grands carreaux, un crayon de papier, une gomme, et voyagez…".

Réagissez à ce témoignage de Ismène, en laissant vos commentaires. 

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